Zoom sur...

Le livre d'or de l'exposition d'arles signe par plantu

Ninon

Pouvez-vous nous parler de ce bronze qui porte le titre de Ninon ?

Je l’ai réalisé d’après modèle vivant. La femme est assise, pensive, dans une attitude détendue. Elle allonge les jambes sur le sol. Et il y a ce détail : le petit doigt du pied relevé. Je trouve qu’il donne de la vie au sujet, comme si la femme était saisie dans un instantané, un moment intime n’appartenant qu’à elle. Je ne me souviens plus, mais il est très possible que j’aie ajouté ce détail.

Ninon montre aussi l’attention que je porte au rendu d’un dos humain. Le dos est un lieu subtil. Il est constamment mobile et, en même temps, il structure de façon invisible l’ensemble du corps. Tous les corps sont singuliers. Les proportions et les volumes des différentes parties du corps varient selon les sujets, à quoi il faut ajouter le fait que le sculpteur a la possibilité d’accentuer ces caractéristiques qu’il identifie. Je ne pratique pas de déformation volontaire.

Je regarde la forme sous tous les angles, il faut qu’elle tienne de tous les côtés, aucun angle ne doit être sacrifié, je m’efforce de soigner les lignes, les volumes.

Ninon

Ninon


Délivrance

La sculpture que vous avez intitulée Délivrance est une œuvre d’imagination ?

Oui, je suis partie d’un bloc de terre et, de ce bloc, j’ai vu émerger des formes humaines. Au final, on a face à soi une figure plus ou moins nettement définie qui tente de se dégager d’un enchevêtrement de racines. Elle est à la fois enracinée mais prise dans un mouvement pour se dégager. Elle se libère de ce qui l’alourdit et tend à la ramener vers le sol. Elle est à la fois plantée et aérienne. Comme un arbre s’élevant dans la hauteur. C’est une sculpture décisive pour moi parce qu’elle fait surgir ce motif de l’arbre avec toute sa symbolique, qui a pris dans ce que je fais aujourd’hui une place considérable. Le traitement de la figure humaine n’est pas ici réaliste. Je laisse donc au spectateur une certaine liberté pour imaginer ce qu’il voit et que je n’ai pas nécessairement voulu montrer.

Ce que voit vraiment le spectateur reste pour moi un beau mystère. D’où ma réticence naturelle à coller des titres sur les œuvres car le titre influence, oriente la lecture de l’œuvre. Je préfère diriger le moins possible l’imagination, la laisser s’épanouir. Je préfère éveiller chez le spectateur la soif d’aller vers l’œuvre en toute liberté. Cela signifie que j’accepte aussi de le laisser aller au-delà de l’apparence de la sculpture, au-delà de ma propre volonté expressive : un titre trop explicite, directif, briderait cette liberté. Le titre ne doit pas être une facilité, une façon de glisser sur la sculpture, d’oublier de prendre le temps de s’approprier l’œuvre en se contentant des quelques mots qui la désignent. Mais s’il est choisi avec tact, il peut aussi provoquer l’émotion, la réflexion. Je crois qu’un titre comme Délivrance invite à chercher, à confronter le mot et l’objet.

Plus profondément, je me donne pour mission d’éveiller à travers la forme sculptée le sentiment intérieur, j’ai l’espoir qu’à travers ce que je donne à voir le spectateur s’ouvre à son propre monde intérieur. Si vous prenez, par exemple, ces deux têtes jumelles, un homme et une femme, enveloppées dans ce qu’il vous plaira d’identifier (drapé, chevelure, végétation), vous voyez que leurs visages s’extraient de l’écrin protecteur ; ils sont tendus vers autre chose, les regards sont tournés vers un ailleurs, vers une vision : c’est au spectateur, selon ses propres croyances, de donner à cette vision le sens qu’il voudra, mais cela le conduira du côté du spirituel, d’une quête qui nous met hors de nous, nous délivre des pesanteurs du passé ou de l’immédiat.

Délivrance

Délivrance


Force de Vie

Force de vie : Dans ces silhouettes d’arbres, d’une beauté souvent tourmentée, vous faites souvent surgir des corps de femme…

Il y a pour moi une familiarité évidente des femmes avec la nature, une proximité entre elles. Je pense par exemple à cette maternité, une mère et son enfant enveloppés dans un creux d’arbre. L’arbre est mort. Et pourtant c’est une image forte de la vie, de la vie transmise et portée. Le mouvement des branches emporte vers la droite, vers la vie, vers autre chose que cette souche ou ce tronc délabrés.

Entre la femme et la nature, l’harmonie que je perçois et tente de traduire, si elle est forte, n’est pas exempte de tensions

Force de Vie

Force de Vie


Libération

Liberation: Voyez cette sculpture où une femme s’extrait d’une végétation noueuse en lançant loin la jambe gauche. C’est comme si elle sortait d’un passé lourd et terrible. Les racines ou les branches à l’arrière sont traitées à la façon de flammes. La jambe gauche se tend. La femme va de l’avant, cependant que le haut du corps reste engagé dans le bois.

Je laisse, pour cette sculpture comme pour d’autres, le spectateur libre de décider si le corps féminin est enveloppé dans un écrin protecteur ou pris dans un entrelacs qui l’emprisonne. Ne pas trancher est sans doute la meilleure attitude. Cela permet de lire la rencontre des formes à la fois comme une lutte et une alliance harmonieuse.

Libération

Libération